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MessagePublié: Lun 2 Avr 2012 21:04 
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Nous repoduisons ici dans son intégralité la lettre ouverte aux candidats à la Présidence de la République adressée par M. Jean-Pierre Crouzet

Madame, Monsieur,

Avec plus de 300 000 entreprises et 1 100 000 actifs, salariés et non salariés, la CGAD représente l’ensemble du secteur de l’artisanat et du commerce alimentaire de proximité, sédentaire et non sédentaire, ainsi que celui de l’hôtellerie restauration.

Ces deux secteurs contribuent ensemble, à travers leurs investissements et les emplois qu’ils créent, à l’aménagement harmonieux du territoire et constituent un des réseaux commerciaux les plus denses de France.

A l’exportation, les femmes et les hommes de l’Alimentation portent une image très valorisante de la France, de ses savoir-faire et de ses produits dans le monde entier.

Nous avons réalisé un chiffre d’affaire de près de 100 milliards d’euros en 2009. Le seul secteur de l’artisanat et du commerce alimentaire de proximité représente plus de 20 % de la part de marché de l’alimentation en France, soit presque deux fois celle de la plus importante des enseignes alimentaire des GMS.

Ce même secteur occupe 458 000 personnes contre 521 000 à l’ensemble de la grande distribution : à chiffre d’affaires équivalent, le nombre de personnes occupées est trois fois plus important dans le secteur de l’artisanat et du commerce alimentaire de proximité.

Au surplus ces emplois, comme ceux de l’hôtellerie restauration – au total plus d’1.1 million – en augmentation constante depuis 20 ans et y compris pendant les périodes de crise, sont dans leur immense majorité, des emplois qualifiés, qui permettent aux femmes et aux hommes du secteur d’évoluer dans leur carrière et, pour beaucoup d’entre eux, de devenir chef d’entreprise.

À la rentrée 2010, ce sont 167 000 jeunes qui étaient inscrits dans des formations à nos métiers, et autant de nos salariés ont suivi une formation continue.

Au regard de leur importance économique et sociale, il est donc impératif d’accompagner ces entreprises dans leur développement et cesser de les considérer comme un secteur à sauvegarder au même titre que certains monuments historiques car, malgré les progrès réalisés, nos métiers souffrent encore d’une image négative.

Le rôle de l’Etat en ce domaine est important. Il doit se réformer pour passer d’une culture de la réglementation tatillonne, du contrôle et de la répression à celle de l’accompagnement et de l’ encouragement.

Les conditions d’une concurrence loyale

Nos entreprises ont su s’adapter et évoluer pour faire face à la concurrence des grandes enseignes de la distribution et de la restauration rapide et satisfaire les demandes des millions de français qui quotidiennement franchissent la porte de nos entreprises.

Les consommateurs ont, modifié leurs habitudes : alors que les préoccupations environnementales prennent une place prépondérante dans notre société, la proximité est redevenue un atout majeur. Les études prospectives que nous avons menées montrent que la qualité et le service rendu sont au cœur des attentes des clients.

Et pourtant, depuis de nombreuses années, les pouvoirs publics portent l’idée que les grandes surfaces alimentaires constitueraient un rempart à la hausse des prix. Combien de fois a-t-on vu aux journaux télévisés des cortèges officiels arpenter les allées d’un hypermarché laissant à penser que les français n’avaient d’autre choix que de s’y rendre ? La grande distribution n’est pas une œuvre caritative.

La réalité c’est que l’attractivité de la grande distribution a pu se renforcer grâce à la mise en avant de quelques produits industriels à prix cassés sans qu’aucun des indicateurs de prix officiels n’ait enregistré de baisse significative des prix pour les consommateurs. Il convient donc de rétablir les conditions d’une concurrence loyale dans le mécanisme de formation des prix.

Cet équilibre doit également se retrouver dans l’accès au crédit actuellement très difficile pour nos entreprises du fait de la frilosité des banques. Cet accès au crédit est d’autant plus difficile que, quel que soit le statut juridique de l’entreprise, les banques exigent systématiquement une caution personnelle pour tout emprunt.

Dans un autre domaine, il n’est pas normal que des entreprises opérant dans un même secteur d’activité ne soient pas soumises aux mêmes règles. Ainsi, une entreprise agricole vendant directement des produits alimentaires, bénéficie d’aides importantes et ne supporte pas les mêmes contraintes ni les mêmes charges qu’une entreprise commerciale.

A cet égard, la CGAD rappelle que les règles du jeu entre agriculteurs et commerçants doivent être claires et qu’à activité égale, il doit y avoir des charges égales. Or ce n’est pas le cas aujourd’hui.
Ainsi les commerçants ne bénéficient pas des allègements fiscaux dont disposent les producteurs agricoles lorsqu’ils se diversifient dans le cadre de la pluriactivité.

Le secteur de l’artisanat et du commerce alimentaire de proximité n’est pas opposé à la diversification de l’agriculture mais à condition de respecter une concurrence loyale entre les différents acteurs économiques. Nous proposons donc la généralisation de partenariats de distribution entre les agriculteurs et nos entreprises, comme cela se pratique déjà avec succès en plusieurs régions.

La simplification de la vie quotidienne des entreprises

Sans vouloir remettre en cause les réglementations indispensables au fonctionnement de la société, il faut que leurs auteurs se placent en situation d’avoir à appliquer la règle qu’ils édictent.

Les chefs d’entreprises doivent consacrer leur énergie à créer de la richesse et de l’emploi plutôt qu’à appliquer des réglementations tatillonnes, voire inutiles.

Les services de l’Etat ne doivent pas freiner le développement des entreprises quelle que soit leur taille, mais au contraire les accompagner dans leur croissance. C’est en fait une véritable révolution qu’il faut mener au cœur même de l’appareil de l’Etat qui doit être au service des entreprises et non pas en opposition avec certaines d’entre elles, comme c’est trop souvent le cas actuellement. Il faut réhabiliter l’entreprise à capital personnel auprès des pouvoirs publics dans les faits et non pas seulement dans les mots.

L’allègement des charges et contraintes

Nos entreprises, qui ne risquent pas d’être délocalisées, sont très fortement créatrices d’emplois qualifiés répartis sur l’ensemble du territoire en zone urbaine, rurale ou dans les quartiers sensibles.

Elles pourraient l’être encore plus si les charges et contraintes qu’elles supportent étaient allégées.
Le poids des charges et contraintes sociales est devenu tel qu’il constitue un obstacle souvent insurmontable pour une entreprise qui veut procéder à une embauche supplémentaire. Passer de un à deux salariés, c’est doubler son effectif, ce qui veut dire prendre un risque considérable pour l’entreprise. Et que se passera-t-il si le marché ne suit pas ?
Il convient de mettre en œuvre des mécanismes plus simples et équilibrés qui permettent de libérer l’ embauche.

Mais il faut aussi alléger le coût du travail et plus précisément le coût de la main-d’œuvre en diminuant les charges sur salaires de façon durable et généralisée.
L’élargissement de l’assiette sur laquelle elles reposent, est une des solutions à privilégier.
La mise en place d’un dispositif d’orientation tout au long de la vie objectif et ouvert à tous
Si tous nos métiers sont fortement créateurs d’emplois, beaucoup ne parviennent pourtant pas à pourvoir tous leurs emplois.

Il convient de mieux orienter les jeunes en leur donnant dès l’entrée au collège, une image objective et positive de nos métiers. Il faut pour cela, réformer en profondeur les services d’orientation scolaire pour éviter que l’on continue de diriger les jeunes vers des filières sans débouchés alors que nous sommes dans l’attente de collaborateurs qualifiés. Il faut également promouvoir l’esprit d’entreprendre et encourager la créativité et l’innovation.

La mise en place du service public de l’orientation pour tous, qui doit garantir à toute personne l’accès à une information gratuite, complète et objective sur les métiers, les formations et les débouchés, constitue une première étape. Sa réussite dépendra notamment du partenariat qui sera établi avec les partenaires sociaux et les Conseils régionaux.

Il faut aussi, comme nous nous y sommes déjà attachés dans le cadre de nos écoles nationales, créer, avec tous les acteurs de la formation, des filières qui permettent, pour ceux qui le peuvent et le veulent, d’atteindre l’excellence.
Il faut également promouvoir nos métiers auprès des demandeurs d’emploi et des salariés dans leur ensemble.

Au plan local

Enfin, au plan local, nous sommes préoccupés par les résultats de la réforme de la réglementation relative à l’urbanisme commercial. La loi de modernisation de l’économie, en libéralisant les implantations de moins de 1 000 m2 a permis aux grandes enseignes alimentaires d’investir les centres-villes et les bourgs.
Or, l’implantation d’une surface alimentaire de 999 m2 aux portes d’un bourg de 4 000 habitants peut provoquer autant sinon plus de dégâts qu’un 10 000 m2 dans une métropole de plusieurs millions d’ habitants.

Dans le même domaine, il faut souligner que l’ouverture du dimanche des grandes surfaces alimentaires représente un danger majeur pour nos entreprises qui réalisent parfois jusqu’à 25 % de leur chiffre d’affaires hebdomadaire le dimanche et bien davantage pour les marchés. Une augmentation du nombre de jours d’ouverture des hypermarchés alimentaires n’entrainerait donc pas de création nette d’emploi, bien au contraire, puisque pour un emploi créé dans la grande distribution ce sont trois emplois qui seraient détruits dans nos entreprises.

La loi MALLIÉ, votée il y a moins de trois ans, était le fruit d’un compromis accepté par toutes les parties prenantes et nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d’ouvrir à nouveau ce dossier très sensible.

Le secteur de l’artisanat, du commerce alimentaire de proximité et de l’hôtellerie restauration ne demande pas une attention bienveillante mais une réelle considération comme tout secteur économique majeur.

Les professionnels de la CGAD attendent de lire vos réponses à leurs préoccupations mais aussi à leurs ambitions.

Nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, à l’assurance de notre considération la meilleure.

Jean-Pierre Crouzet


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